Histoire
par
Télé Millevaches
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Marie-France Houdart, Anthropologue45' // Les entretiens Télé Millevaches, juin 2025Cet entretien avec l’historienne et anthropologue du Limousin et du plateau de Millevaches est enregistré à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage « Limousin, terre promise : ...d’ici - pas d’ici... ». Marie-France Houdart y retrace l’histoire du pays à partir du XVIème siècle jusqu’à l’époque contemporaine.
Installée en Corrèze depuis 1975, Marie-France Houdart est la fille d’un fonctionnaire français en Algérie. Étudiante en anthropologie, elle travaille sur les peuples péruviens et s’imprègne peu à peu de la question coloniale. Ses études colorent largement son regard sur le Limousin qui fait parfois grincer des dents les nouveaux arrivants engagés dans l’écologie. Dans un recueil de témoignages collectés à Faux-la-Montagne, Marie-France Houdart retient par exemple celui-ci : « On se sent un petit peu les "gentils" qui viennent sauver un pays, on va faire telle action, telle réunion, on a l’impression de faire quelque chose qui avance, et on a l’impression de faire partie d’une élite. » Un sentiment qu’elle dit elle-même avoir éprouvé, avec pour les autres, une sensation de voir arriver des gens peu soucieux de l’histoire du pays tout en prétendant vouloir le changer. « Même les sociologues qui travaillent sur la question des néo-ruraux et qui s’intéressent à leurs mœurs, à leurs origines sociales, à leurs parcours personnels, ne prennent jamais le temps d’observer l’histoire des gens qui étaient là avant. C’est une constante dans la société que de considérer les zones rurales comme n’étant pas dotées d’histoire. » ajoute-t-elle. C’est tout l’objectif de son livre : rappeler l’histoire de ceux qui étaient là avant, et faire réfléchir ceux qui arrivent.
Mais les choses se compliquent lorsque l’on rentre dans le détail : tous les néos ne sont pas écologistes ou progressistes. Or, nombreux sont les gens du terroir qui le sont, et parfois de manière très engagée… Idem sur la question des pratiques paysannes parfois teintées d’esprit magique telles que les bonnes fontaines, les sourciers, les soins par les pierres, etc. Des néo ruraux semblent s’y intéresser tandis que les gens du terroir y voient des pratiques médiévales à oublier. « Les choses ne sont jamais si simples », admet finalement l’anthropologue, avant de conclure, optimiste : « Malgré toutes ces tensions, je me dis que s’il y avait un coup politique lourd ici, les gens feraient bloc malgré tout » conclut l’historienne.
Comment être pied-noir tout en échappant à la nostalgie coloniale ?74' // Les entretiens Télé Millevaches, août 2024L’exposition sur la gastronomie algérienne organisée par le Cercle algérianiste à la bibliothèque francophone multimédia de Limoges avait suscité quelques remous. Suite à la diffusion de la brève de Télé Millevaches mettant en relief la nostalgie coloniale qui s’exprimait à travers l’exposition, nous avions reçu plusieurs messages, dont celui de Jean-Louis Maigron. Né en Algérie en 1946, il fait partie des nombreux pieds-noirs ayant quitté brutalement l’ancienne colonie à la suite des accords d’Évian en 1962.
Dans son message, il se dit choqué par l’expression utilisée par les membres du Cercle algérianiste : « en 1830, l’Algérie n’existait pas ». Jean-Louis ne partage ni cet avis ni le reste de ce qui est exprimé par l’association basée à Perpignan. Une structure clairement positionnée à l’extrême-droite, et financée par le maire Louis Aliot (RN), lui-même ancien pied-noir.
Dans cette interview, Jean-Louis nous raconte le parcours de sa famille, faisant rejoindre la petite histoire à la grande. Nous revenons d’abord sur le processus de colonisation. Avant l’arrivée des Français, l’Algérie a connu plusieurs dynasties dont le pouvoir était organisé. Ce territoire disposait de villes et d’une agriculture productive. Contrairement à ce qui est affirmé par le Cercle algérianiste, avant 1830, l’Algérie existait bel et bien.
Dans une seconde partie, nous entrerons en profondeur sur l’aspect humain de la guerre d’indépendance. « J’ai vu des Algériens abattus qu’on mettait sur le stade, gonflés au soleil... J’ai vu des attentats contre des Européens du village ». Enfin, il nous fera la lecture de quelques extraits des mémoires des maréchaux français ayant conquis l’Algérie en 1830, Thomas R. Bugeot, et Armand L. de Saint Arnaud, dont la cruauté exercée envers les populations conquises est sans appel, effrayante, sanglante.
Le travail d’historien amateur que Jean-Louis a personnellement produit sur cette période de sa vie lui a permis de prendre de la hauteur et de ne pas succomber à une nostalgie coloniale qui s’exprime pourtant fortement parmi la communauté des pieds-noirs et leurs descendants. Un ressentiment largement exploité par le Rassemblement National, parti lui-même fondé par le nostalgique assumé de l’Algérie française qu’était Jean-Marie Le Pen. Pour autant, Jean-Louis ne niera pas la blessure et les souffrances qu’ont vécu les pieds-noirs durant leur exil, ainsi que l’immense sentiment de trahison lorsque Charles de Gaulle abandonna finalement l’idée de la colonisation algérienne. « Un énorme gâchis humain », conclura-t-il, les yeux émus.
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« En 1830, l’Algérie n’existait pas »05'00'' // Brève, mai 2024Zlabia, mouna, coca : autant de plats illustrés dans un couloir de la Bibliothèque francophone multimédia (Bfm) de Limoges. Du 16 mars au 13 avril derniers, l’institution accueillait « La cuisine des Pieds-Noirs, une histoire de soleil et de mer héritée des gens d’Algérie », exposition nostalgique d’une époque où l’Algérie faisait partie de l’Empire colonial français.
Cette carte blanche donnée au Cercle algérianiste du Limousin n’a suscité dans la presse locale qu’une couverture convenue. Ses dirigeants Sandrine Morales et Patrick Graf déclarent y mettre en valeur la culture pied-noire sans adjoindre de caractère politique ou de débat historique. « En chaque Pied-Noir, il y a quelque chose qui s’est éteint. Si on peut rallumer une petite flamme avec le Cercle algérianiste, c’est une grande victoire. »
Pourtant, l’élu d’opposition Gilbert Bernard souligne la « réécriture de l’histoire » voire le « révisionnisme » de l’association fondée à Perpignan et qui célèbre son congrès annuel à Béziers : deux villes où le Rassemblement national est au pouvoir. M. Bernard s’est opposé au soutien financier accordé par la mairie de Limoges à l’antenne locale du Cercle. Pierre, usager de la Bfm, considère qu’en omettant la guerre et la spoliation coloniale avec des images de peuples vivant en harmonie, l’exposition contribue au « racisme d’ambiance » qui infuse en France.
L’accueil d’une telle exposition interroge plus largement sur les sympathies de la majorité municipale avec l’extrême-droite, selon Gilbert Bernard.
Voyage en Beauce37' // Documentaire, novembre 2023Mes parents sont tous les deux issus du monde agricole et ils ont fait le choix tous les deux d’en sortir. Moi, j’ai fait le choix d’être paysan.
La question n’est pas encore posée, mais on la devine.
Clément Pichot élève une dizaine de vaches et produit du fromage à Nedde, un village de la Montagne limousine. Ses racines sont en Beauce : il y a grandi, ses parents aussi. Mais sa vocation de paysan ne cesse de l’interroger tant elle prend le contre-pied de l'histoire familiale. Ses deux parents sont sortis du monde agricole ; il y est retourné.
Avec ce film, il entreprend d'interroger une époque où la transmission d'une ferme n'est pas souvent choisie, où la réussite consiste à s'échapper d'un monde agricole déclassé que la marche du progrès pousse vers la mécanisation. Au sortir des années soixante, sa mère ne voudrait pour rien au monde se marier à un paysan. On imaginait son père notaire, mais la faillite du négoce familial de bétail rebat les cartes : il sera employé dans le bâtiment.
Cinq décennies sont passées. Sa mère ressort les photos et les carnets. Son père entretient le jardin. On se rend sur chacune des fermes familiales à la rencontre des propriétaires actuels. La vue se perd dans les paysages. Sur le parking d'un HLM, la trajectoire du grand-père devenu syndicaliste sur le tard revient à la mémoire. Et le récit familial commence à répondre.
Clément Pichot est éleveur et producteur de fromage à Nedde, en Haute-Vienne. Il a réalisé ce moyen-métrage documentaire avec le soutien de Télé Millevaches entre 2022 et 2023.
Pascal Dorival – l’économie sociale52' // Conférence, juin 2018L'économie sociale, en France et en Europe occidentale, s'est toujours inscrite dans l'économie de marché. Des prémices à nos jours en passant par son apogée au tournant du XXe siècle, Pascal Dorival dresse le panorama d'un secteur dont la définition officielle s'est à peu près dissoute dans le capitalisme au nom de son élargissement.
Une conférence proposée et filmée par l'Université populaire d'Eymoutiers. Captation mise en forme par Télé Millevaches.